vendredi 13 mars 2015

Parole Citoyenne de Nadja Martinez : Culture de la Crise, Crise de la Culture


Nous vivons en ce moment une crise, une crise systémique du capitalisme, une crise des idéologies, une crise qui touche chacun de nous à des niveaux divers, mais nous assistons dans le même temps à une pluralité des idées et du partage. Mais nous ne sommes pas à l’abri de l’obscurantisme car comme le disais Gramsci, « une crise c’est quand le vieux monde se meurt, que le nouveau tarde à naître et que dans ce clair-obscur surgissent des monstres ».

La culture est bien sûr touchée par cette crise et c’est en cela que nous voyons la relation entre culture et politique. La culture est un outil d’émancipation, de réflexion sur des mondes possibles et transformables, de métaphorisation et de critique, elle est la condition du politique, elle l’enrichit et inversement, la réflexion politique la nourrit et l’assiste. Dans nombre de pays avoir une activité culturelle rejoint l’activisme politique (pussy riot en Russie, groupes de musique féminins dans certains pays musulmans…), en France aussi avec les évènements liés à l’attaque de charlie hebdo.

Nous assistons aujourd’hui à l’écrasement de la culture comme outil d’émancipation par des logiques financières qui réduisent aussi bien le contenu que le contenant :
Structurellement, nous assistons avec la toute puissance du capitalisme dans son expression libérale la plus dure à une volonté de formater les esprits en les transformant en individus normés propres à recevoir une culture normée, tournée vers le divertissement qui enlève à la culture sa dimension critique et émancipatrice. Il faut fabriquer des individus dociles, conformistes résignés à reproduire les rapports sociaux dominants, la multiplication des émissions de télé réalité où l’on est jugé, et où l’on doit voter pour « le meilleur », où la représentation physique est plus importante que celle des idées en est l’un des symptômes.

L’entrée dans le champ culturel de la politique de l’offre et des règles de gestions réduit la culture à des logiques financières, on ne parle plus que de taux de remplissage des théâtres, de taux de fréquentation des cinémas, du nombre d’entrées pour un film, la qualité d’un musicien se résume au chiffre de vente d’un album ou du nombre de ses téléchargements, payants pour la pluparts. 
Ces règles de gestions impliquent aussi la productivité comme but à la production artistique. Cette production a besoin de temps, de préparation, de réflexion, d’essais et cela n’est pas compatible avec la rentabilité et la mercantilisation demandée aux artistes aujourd’hui.

L’austérité, qui en réduisant les dépenses publiques, réduit donc le champ d’action des institutions culturelles et remet en cause l’idée d’un service public de la culture aussi bien dans sa diffusion que dans le soutien aux créateurs. Cette réduction des dépenses menace aussi le statut des intermittents qui, régulièrement attaqué, précarise de plus en plus ces métiers indispensables à la diversité culturelle. Les métiers de l’information et des médias sont eux aussi précarisés, menaçant par là liberté d’expression. Enfin elle menace aussi le tissu associatif par la baisse de leurs subventions, des emplois à temps plein sont menacés mais aussi une myriade d’activités associées telles que les graphistes, intervenants… par extension cela menace aussi l’éducation, la réforme des rythmes scolaires impliquant l’intervention de nombres d’associations. Le patrimoine est aussi menacé de privatisation et l’entrée du mécénat privé bien que souhaitable par certains aspects risque de renforcer les logiques financières dans le champ patrimonial.

Tout cela implique que nous repensions notre rapport à la culture, reconnaître toutes les cultures sans jugement de valeur, et sortir de cette hiérarchie du transmettant et de l’apprenant. C’est le but de l’éducation populaire, l’échange et le partage. Ce partage qui avec les évolutions technologiques peut être facilité, si on ne cède pas aux logiques financières qui sous prétexte de droit d’auteur, ne permet pas une juste rémunération des créateurs et profite surtout aux majors et aux fournisseurs d’accès.

Nous avons besoin d’une politique publique de la culture renforcée et repensée, nous devons donner les moyens aux créateurs et à ceux qui les assistent  de travailler, de réfléchir, et d’aboutir sans pressions extérieures mais en pensant l’environnement comme une richesse.



Nous voulons pour cela nous enrichir de la réflexion commune et de la participation de tous les intervenants de ce champ culturel ainsi que des citoyens.


Nos propositions sur la Culture

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